Que reste-t-il de la gauche en France ?

 

Qu’il semble loin ce 6 mai 2012, cette place de la Bastille où le “peuple de gauche” exultait de remporter enfin l’élection présidentielle 24 ans après la dernière victoire de François Mitterrand. C’en était fini de Nicolas Sarkozy, l’UMP était renvoyée dans l’opposition redécouvrir un rôle qu’elle ne maîtrise que peu.

 

Ce soir là, sur la scène tout le monde est heureux de la victoire de François Hollande. Valérie Trierweiller, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Jean-Marc Ayrault ou Jérôme Guedj applaudissent à tout rompre.

 

Un mois après, le PS et ses alliés remportent la majorité absolue des sièges à l’Assemblée Nationale, 331 députés sont élus pour mettre en oeuvre la politique du Président de la République. À ce moment précis jamais la gauche en France n’a connu un pareil alignement des étoiles.

 

Présidence de la République, Assemblée Nationale, Sénat, Régions, Départements et Communes, la gauche dispose de tous les leviers du pouvoir à tous les niveaux du pays. Cerise sur le gâteau, la fin de l’année est marquée par une lutte fratricide entre Copé et Fillon, qui décrédibilise totalement l’UMP.

 

2013 aurait dû être l’année de tous les possibles pour la gauche, un zénith de pouvoir et de transformation de la société par la réforme négociée. Mais cela n’a jamais eu lieu…

 

Dès son entrée en fonction une incompréhension est née entre François Hollande et une partie de la gauche. Dans l’imaginaire collectif de gauche, lorsque la gauche arrive au pouvoir, de grandes mesures sociales au profit des plus faibles sont prises, or François Hollande veut créer des richesses avant de les redistribuer, les symboles attendront. Tout un symbole.

 

Les incompréhensions se succèdent, qu’est ce qui empêche la réalisation de la grande réforme fiscale ? La séparation des activités spéculatives de celles de dépôt au sein des banques ? Pourquoi avoir céder aussi vite sur le nouveau traité européen ?

 

À l’autre bout du spectre de la gauche les mêmes incompréhensions ont lieu, pourquoi ne va-t-on pas plus loin et plus vite dans la réforme ? Vers une vraie sociale-démocratie ?

 

Le pacte sur lequel reposait l’union de la gauche pour 2012 était imprécis, fruit d’une synthèse de François Hollande pour s’assurer du soutien de tous les courants du PS dans l’entre-deux tours des primaires de 2011, ce qui a conduit à son explosion rapide.

 

La fracture a eu lieu et elle est béante, les premiers symptômes sont apparus plus vite qu’on n’a pu le croire. L’opposition entre Arnaud Montebourg et Jean-Marc Ayrault sur la nationalisation de Florange ou le désaccord de Delphine Batho sur le budget furent les premiers révélateurs d’une crise profonde.

 

Deux visions du monde différentes ont cru pouvoir travailler de concert, chacune espérant secrètement convertir l’autre dans l’exercice du pouvoir, et il s’avéra que ce ne fût pas possible.

 

Un homme veut accélérer le processus de clarification et liquider définitivement la gauche “à l’ancienne”. Cet homme c’est évidemment Manuel Valls, depuis son arrivée à Matignon il s’efforce de bâtir cette nouvelle gauche qui du passé veut faire table rase. Mais la résistance à son action est forte et son poids politique demeure limité, car après tout, n’a-t-il pas fait que 5% à la primaire ?

 

Alors une guerre ouverte a lieu, chaque camp a ses généraux qui en leur sein entretiennent des luttes fratricides plus qu’ils ne bâtissent des coalitions. Toutes les composantes de la gauche s’affrontent entre elles, laissant le champ libre à un FN de plus en plus fort (Qui ne se prive pas d’ailleurs de recycler la rhétorique de la gauche) et à des Républicains qui, sans être désirés par la Nation, entendent bien reprendre un à un les leviers du pouvoirs.

 

La gauche dispose encore de l’Assemblée Nationale et de la Présidence de la République. Pour 16 mois seulement ? Peut-être, mais il ne faut jamais oublier que en politique comme en chimie rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Qui aurait misé sur l’avenir du PS après les législatives de 1993 ? La gauche est en pleine recomposition, nul ne peut dire ce qu’il en adviendra ni qui la dirigera.

 

 

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Le livre dans la communication politique en France

À l’approche de l’élection présidentielle la fibre littéraire des candidats se réveille, chacun publie un livre où il dévoile sa vision de la France et le rapport qu’il entretient avec elle, pourquoi elle va mal et comment il entend lui redonner sa splendeur d’antan.

 

Cet exercice du livre politique est une spécificité française, sans doute la conséquence que notre classe politique avant d’être dominée par les énarques, les polytechniciens, les professions libérales et les fonctionnaires, fût le lieu d’affrontements des lettrés et des littéraires.

 

Mitterrand, De Gaulle, Jaurès ou Hugo furent les dignes représentants de ces politiques lettrés à la production littéraire foisonnante.

 

Aussi l’imaginaire collectif est-il imprégné de cette croyance du Chef d’Etat gardien d’un certain classicisme à la française qui doit savoir prendre la plume pour détailler ses idées. Pour sa réélection de 1988 François Mitterrand n’a-t-il pas écrit une “Lettre à tous les Français” ?

 

Néanmoins une évolution très significative à eu lieu au cours des dernières décennies dans le fond comme dans la forme de ces ouvrages. Au fil du temps le sujet principal de ces livres n’a plus été la France, la République, la société ou même la politique au sens de l’ensemble des affaires qui touchent à la vie de la cité.

 

Un glissement a eu lieu vers l’égocentrisme, le livre politique aujourd’hui parle de son auteur par son auteur dans un exercice autocentré. La disparition progressive de la frontière entre la vie privée et la vie publique conduit les hommes politiques à projeter leurs expériences personnelles comme autant de preuves de leurs déterminations futures.

 

Le projet n’est plus prioritaire, la réflexion sur la vision du monde, l’avenir de notre société n’importent plus. Le politique ne nous éclaire plus sur le chemin où il veut nous conduire, il nous demande de lui faire confiance et de le suivre.

 

Les livres politiques étaient des essais, ils sont devenus des romans d’apprentissage où le “je” qui n’existait pas est devenu omniprésent et surtout omnipotent.

 

On a beaucoup parlé de la “peopolisation” de la vie politique ces dernières années, il est intéressant de noter que leurs photos se trouvent désormais en gros sur la première de couverture, juste en dessous de leurs noms.

 

Mais dans la profusion certains tirent leurs épingles du jeu et continue de perpétuer cette tradition du livre politique naviguant entre pamphlet et essai. Citons Jean-Luc Mélenchon ou François Bayrou qui résistent encore à la tentation de ne parler que de leurs augustes personnes. Et au fond ce sont eux que l’histoire retiendra peut-être, quelque soit leur succès en librairie.

 

Et si tout le monde se souvient du “Coup d’Etat permanent” de François Mitterrand, pourtant peu de gens l’ont eu dans leur bibliothèque car avec 60 000 exemplaires vendus entre 1964 et 1993, il est difficile de parler d’un succès commercial. Malgré cela le destin fût au rendez-vous.

 

 

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