Présidentielle : ce que révèlent les affiches officielles des candidats

La campagne officielle de l’élection présidentielle vient d’être lancée ! Laurent Rossini a fait le point sur les affiches officielles pour le quotidien 20 Minutes.

Dernière ligne droite pour les candidats à la présidentielle : la campagne officielle du premier tour s’est ouverte lundi. Dans les communes, vous avez peut-être vu fleurir les affiches de campagne de tous les prétendants à l’Elysée sur de grands panneaux. De grands visages (souvent retouchés) souriant discrètement, des couleurs pâles en passant par des slogans plus ou moins compréhensibles, 20 Minutes fait le point sur ces affiches avec Laurent Rossini, cofondateur de l’agence de communication politique Plebiscit…

So-bri-é-té

Le maître mot de ces affiches de campagne 2017 est bien « sobriété ». Au risque de l’ennui : « Ces affiches sont bien pauvres par rapport à ce qui s’est fait jusqu’en 2007, avec, notamment, les affiches en noir et blanc de Ségolène Royal en 2007 ou de Jean-Marie Le Pen en 2002. Aujourd’hui, c’est une grosse tête sur un fond discret, un nom et un slogan. Pour la créativité, on repassera », déplore Laurent Rossini. Quant aux couleurs, rien de bien original : « Les affiches de François Fillon et de François Asselineau sont classiques et l’on voit que leur équipe connaît les codes de la communication. L’usage du vert est dans l’air du temps, rappelant l’environnement ou un cadre présumé de vie. »

Mélenchon, la fin du rouge

Cinq ans ont passé depuis la première candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’Elysée. L’eau a coulé, et 2017 s’annonce comme un nouveau cru. Fini le rouge vif de 2012 qui symbolisait l’alliance avec le Parti communiste au sein du Front de gauche. Pas de cravate, place au col ouvert « synonyme d’antisystème, comme pour Philippe Poutou », relève Laurent Rossini. Sous un ciel bleu-gris, lunettes sur le nez, sourire discret visant à exprimer la confiance et la sérénité, Jean-Luc Mélenchon souhaite montrer qu’il s’est assagi et présidentialisé, souligne le communicant.

Un sourire et un prénom pour instaurer une proximité avec l’électeur

Autre candidat à vouloir montrer aux électeurs qu’il s’est assagi : Marine Le Pen. Sur son affiche de campagne, la candidate du Front national au vêtement bleu arbore un sourire. « On joue ici sur la féminité de la candidate, sur une proximité que l’on veut instaurer avec l’électeur. Le rictus cassant qu’elle peut avoir lors des émissions télévisées est évacué au profit d’un sourire sympathique », relève Laurent Rossini. Contrairement à 2012, le nom de famille Le Pen, qui reste clivant, est absent de l’affiche de 2017. Enfin, l’usage du mot « peuple » est un élément qui rapproche la candidate du FN à celui de France insoumise. « Les photos de Jean-Luc Mélenchon comme de Marine Le Pen visent à être apaisantes. Mais leurs slogans contredisent les photos, en affirment leur volonté de faire la révolution en s’appuyant sur la base », souligne le communicant politique.

Du bon usage (ou non) du Photosphop

Ce n’est pas une nouveauté, mais le grand ami des communicants est Photoshop. Couleurs légèrement saturées, rides supprimées ou au contraire soulignées, mèche bien ordonnée et visage aminci, le logiciel peut faire des miracles. Au risque de l’illusion, déplore Laurent Rossini. « C’est dommage de gommer les défauts des candidats pour les rendre toujours plus beaux car ils perdent en authenticité. La photo de François Fillon est bien faite : le candidat pose avec ses rides. Il veut montrer son expérience et donc sa capacité à être président de la République. Mais cette affiche pèche par son slogan pas vraiment compréhensible. » Les quelques mots qui accompagnent la photo et le nom du candidat ne sont pas à prendre à la légère. Certains de ces slogans sont restés dans l’histoire, comme « La force tranquille » de François Mitterrand ou le « Yes we can » de Barack Obama, tous deux vainqueurs…

Les ratés

L’affiche d’Emmanuel Macron divisée en deux ? Pas génial, selon Laurent Rossini. « Sa tête est assez petite sur cette affiche et son regard semble perdu. Si cette division entre la photo et le slogan est originale, tout comme les silhouettes derrière le candidat, je n’aime pas vraiment cette affiche. »

Et la typographie de Jacques Cheminade ? Selon le communicant, « le candidat est décentré sur cette affiche et son torse est barré d’un slogan en orange. En orange ! L’image est très encombrée et le slogan est trop long, tout comme celui de Benoît Hamon qui ne donne pas vraiment envie car il veut dire que le cœur de la France, aujourd’hui, ne bat plus… ».

Quant à l’affiche de campagne de Nathalie Arthaud qui ressemble à un tract ? « Cette communication est dépassée et tout ce texte va à l’encontre de l’efficacité de cette affiche. Celle de Philippe Poutou n’est pas extraordinaire, mais elle apparaît plus compréhensible », juge enfin Laurent Rossini. Entre les mots et la photo, l’affiche des candidats relève toujours de l’alchimie…

 

Par Anne-Laëtitia Béraud

 

Source : 20 Minutes, 11 avril 2017

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