Elections 2017, épilogue ou cliffhanger ?

Alors que s’ouvre officiellement la XVe législature, retour sur cette longue période électorale dont les multiples rebondissements ont rythmé la fin 2016 et le début 2017 et qui pose plus de questions qu’elle n’a apporté de réponses.

Le défi non relevé de l’abstention

Si l’élection présidentielle de 2017 a moins mobilisé que les précédentes avec une abstention qui dépasse les 25% au second tour, c’est surtout le vote blanc et nul qui attire l’attention. Au total, 34% des électeurs ont refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Pour les législatives, l’abstention est en revanche beaucoup plus nette et culmine au premier tour : de 40% en 2007, elle est passée à 51% en 2017, un record sous la Ve République.

S’il fallait encore se convaincre de la crise démocratique française, cette montée de l’abstention montre l’ampleur des efforts que les élus vont devoir fournir pour convaincre leurs concitoyens de retourner aux urnes. Quels citoyens ? Les jeunes (64% des moins de 35 ans se sont abstenus), les employés et les ouvriers (respectivement 66 et 61%) et en priorité ceux qui vivent en outre-mer, au nord et au sud-est de la France.

Des chiffres pourtant surprenants au regard des audiences élevées des émissions et débats politiques de cette année : 10 millions de téléspectateurs pour le débat entre 5 des 11 candidats à la présidentielle fin mars ; 6,3 millions pour le débat entre les 11 candidats à la présidentielle en avril ; un peu plus de 3 millions pour « L’Emission politique » d’Emmanuel Macron ou de François Fillon… C’est bien que la politique est un sujet qui continue d’intéresser. Comment, alors, faire en sorte que cet intérêt « théorique » se concrétise par une participation effective des citoyens à la vie publique ?

Du neuf avec du vieux ?

Ce n’est en tous cas pas dans les campagnes présidentielle et législatives de 2017 que l’on trouvera des idées réellement novatrices, tant sur la forme que sur le fond.

Peu de chances que se tiennent de nouveau des primaires avant l’élection présidentielle. Importées des Etats-Unis, elles sont mal adaptées aux systèmes européens (au-delà du seul cas français, celles organisées par exemple par le PSOE en Espagne n’ont pas non plus eu l’effet escompté) dans lesquels elles se transforment en « machines à perdre ».

Peu d’idées novatrices non plus pour les grands rendez-vous télévisés : une présentation classique et une trame verrouillée au cours des réunions préparatoires par les équipes des candidats ; un fond peu discuté en raison d’un contexte marqué par « les affaires » ; des clips de campagne et des affiches plutôt mornes…

Et l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon, l’utilisation massive de Telegram pour animer les meetings d’Emmanuel Macron, les vidéos YouTube du Front national, nous direz-vous ? Nous répondons respectivement : déjà utilisé en Inde, en Israël et en Turquie ; ni plus ni moins qu’un chauffeur de salle virtuel ; penser à enlever les étiquettes de sous les tasses neuves !

Pour les législatives, une question se pose avec acuité : à quoi sert-il encore de préparer sa campagne, de tenir des réunions publiques, de choisir avec soin ses affiches et de peser chaque mot de sa déclaration de candidature ?

En effet, que penser des candidats REM, souvent peu connus, désignés tardivement, peu à leur avantage sur des affiches et des professions de foi copiées-collées dans chaque circonscription… et pourtant grands gagnants de ces élections ? Que penser aussi de ces députés sortants qui avaient fait du bon travail au cours de leur mandat, mené une bonne campagne et qui n’ont malgré tout pas convaincu leurs électeurs ?
Que penser, enfin, des candidats désignés par le MoDem, qui s’ils ne remplissent pas toujours les critères d’En Marche, ont pourtant largement bénéficié de cette étiquette ?

Un renouvellement en trompe-l’œil …

L’on a beaucoup glosé sur le « dégagisme » qui aurait été l’élément moteur du vote REM mais aussi France insoumise et Front national, entraînant par là même l’échec des partis Socialiste et Républicain.

Le « dégagisme », néologisme issu des printemps arabes et repris en France notamment par J.-L. Mélenchon à propos de l’éviction aux primaires de leurs partis respectifs de Manuel Valls ou d’Alain Juppé, augurerait donc d’une révolution. Qu’en est-il réellement?

Si l’Assemblée nationale connait effectivement un renouvellement profond (430 députés élus pour la première fois, 39% de femmes, une moyenne d’âge qui a baissé de 10 ans), 62% des députés de la XVe législature ont ou ont eu un mandat électif. Les sessions strasbourgeoises mensuelles du Parlement européen ne suffisant pas à endiguer leur mal du pays, certains eurodéputés, comme J.-L. Mélenchon, Marine Le Pen, Louis Aliot, Marielle de Sarnez ou Constance Le Grip, ont choisi de siéger au sein du Parlement français.

Enfin, la volonté affichée tout au long des 2 campagnes par En Marche de dépasser les clivages politiques et de choisir des représentants sur la base de leurs compétences quelle que soit leur appartenance partisane, ne doit pas faire oublier que nombreux sont ceux, dans ses rangs, à avoir rejoint la chapelle REM en laissant derrière eux un parti au sein duquel ils ont appris les ficelles du « métier ». Et cet habitus reste prégnant. Prenons l’exemple des postes de chef de groupe parlementaire à l’Assemblée : aucune femme, un candidat unique et presque imposé chez LREM, des « reconduits » à LR et au PS.

… ou des bases nouvelles qui vont amplifier le renouvellement ?

Reste toutefois que l’Assemblée présente un visage radicalement différent de celle de la XIVe législature. Au-delà des personnes qui la composent, les groupes politiques sont plus nombreux et pour la plupart nouveaux : des Républicains « canal historique » font face à des Républicains (et UDI constructifs, des Communistes pas Insoumis, des non-inscrits de gauche (jusqu’à l’officialisation – ou l’échec- d’un 9e groupe) et d’extrême-droite, des apparentés REM du MoDem et d’ailleurs, etc.

En-dehors de l’Assemblée, le processus de reconstruction du paysage politique se met en place : constitution d’un groupe En Marche au Sénat, lancement du M1717 par Benoit Hamon, réunion annoncée du Parti radical et du Parti radical de gauche, dont le divorce avait été consommé en 1972, tenue d’un congrès extraordinaire du PCF en 2018.

Les questions qui restent ouvertes concernent finalement « celui par qui tout est arrivé » : En Marche ! Comment va se structurer le parti ? Comment ses députés vont-ils se comporter face à des votes qui s’annoncent difficiles ? Comment va-t-il faire perdurer l’enthousiasme et l’engagement des militants ?

Autant de réponses qu’il faudra trouver en gardant en tête l’importance de tenir les promesses faites pendant la campagne. Et s’il était là, le changement ?

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Sénatoriales 2017 : un scrutin et un contexte particuliers

Pour la première fois en 2017, 3 élections majeures ont lieu la même année : l’élection présidentielle, les élections législatives puis les sénatoriales. Retour sur le contexte et les règles relatives à ces dernières, qui sont aussi le scrutin le plus méconnu des Français.

Les résultats de l’élection présidentielle de mai 2017 donnent le « la » des deux scrutins suivants, qui visent à renouveler la chambre basse (les législatives) et la chambre haute (les sénatoriales) du Parlement français.

Les 348 sénateurs sont les représentants des collectivités territoriales (art. 24 de la Constitution). Leur rôle est multiple : législateurs, ils exercent également un contrôle sur l’action du gouvernement et notamment le contrôle budgétaire

L’ensemble du Sénat ne sera pas renouvelé : seuls sont concernés les sénateurs des départements relevant de la série 1* ainsi que ceux d’Ile-de-France**, de Guadeloupe, Martinique, Réunion, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon et Nouvelle Calédonie, et enfin la moitié des douze sénateurs représentant les Français hors de France.

Néanmoins, du fait de l’entrée en vigueur à l’été du non-cumul des mandats, mais aussi de la recomposition plus générale de la vie politique française que l’on a pu observer au cours des derniers mois, la composition de la chambre haute du Parlement sera profondément modifiée le 24 septembre prochain.

Contrairement à ce qui avait été annoncé, les règles de ces prochaines élections ne seront pas modifiées en 2017 :

  • Dans les départements qui comptent 1 ou 2 sénateurs, ils sont élus au scrutin majoritaire à 2 tours
  • Dans les départements qui comptent 3 sénateurs ou plus, l’élection est à la représentation proportionnelle.

Le collège électoral est composé de députés et sénateurs, de conseillers régionaux de la section départementale correspondant au département, de conseillers départementaux, et des délégués des conseils municipaux ou de leurs suppléants (1 délégué pour les communes de moins de 500 habitants et jusqu’à 15 pour les communes de moins de 9 000 habitants ; à partir de 9 000 habitants, tous les conseillers sont délégués et au-delà de 30 000 habitants, un délégué supplémentaire est désigné par tranche de 800 habitants). Ces grands électeurs seront connus le 30 juin prochain.

Les candidats aux élections sénatoriales devront remettre leurs candidature à la Préfecture du département dans lequel ils se présentent entre le 4 et le 8 septembre. Ils devront choisir un mandataire financier, limiter leurs dépenses de campagne au plafond de remboursement fixé par l’Etat (de 17 000€ environ pour la Lozère qui est représentée par un sénateur à plus de 66 000€ pour Paris, qui en compte 12) et en justifier devant la Commission nationale des comptes de campagne.

Moins visible que pour les élections législatives ou municipales, la propagande électorale des sénatoriales est directement adressée aux grands électeurs.

Tous comme les candidats aux autres élections, les candidats-sénateurs peuvent avoir recours à l’affichage électoral, envoient aux membres des collèges électoraux des circulaires (ou professions de foi) et des bulletins de vote ou encore tiennent des réunions publiques.

L’élection se joue également dans les médias : c’est en apparaissant dans la presse ou en intervenant à la radio ou à la télévision que les candidats aux sénatoriales peuvent asseoir et développer leur notoriété.

Du conseil en stratégie et communication politiques à la création graphique en passant par la gestion des relations avec les grands électeurs grâce au CRM PREVIOO, Plebiscit a conçu une offre sur-mesure pour cette élection.

Consultez la page dédiée et n’hésitez pas à contacter à l’équipe ! 

 

* Indre et Loire, Isère, Jura, Landes, Loir et Cher, Loire, Haute Loire, Loire Atlantique, Loiret Lot, Lot-et-Garonne, Lozère, Maine-et-Loire, Manche, Marne, Haute-Marne, Mayenne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Morbihan, Moselle, Nièvre, Nord, Oise, Orne, Pas-de-Calais, Puy-de-Dôme, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales
**Paris, Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d’Oise

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La veille du scrutin : journée de tous les dangers ?

Après des semaines de campagne sur le terrain, le jour tant espéré est arrivé : le scrutin, c’est demain !

 

Chez Plebiscit, nous savons que la fatigue accumulée au fil des jours et le stress des résultats à venir peuvent pousser les candidats à commettre des erreurs pour certaines très dommageables.

 

Allons sereinement vers ces dernières heures fatidiques et faisons ensemble un point juridique sur les fondamentaux de la veille de scrutin !

 

La référence en la matière, c’est l’article 49 du Code électoral qui dispose :

 

« A partir de la veille du scrutin à zéro heure, il est interdit de distribuer ou faire distribuer des bulletins, circulaires et autres documents.

 

A partir de la veille du scrutin à zéro heure, il est également interdit de diffuser ou de faire diffuser par tout moyen de communication au public par voie électronique tout message ayant le caractère de propagande électorale. »

 

En d’autres termes, plus de tractage, plus de boitage, pas de phoning, plus de newsletter ni de nouveau billet de blog, encore moins de commentaires sur vos réseaux sociaux (pensez à désactiver les commentaires et autres retweets automatiques) et ce à partir du vendredi 9 juin (pour le 1er tour) ou du vendredi 16 juin (2e tour) à zero heure. En revanche, vous pouvez faire rafraichir vos affiches de campagne sur les panneaux électoraux officiels.

 

Par ailleurs, vous ne devez plus porter à la connaissance du public un élément nouveau de polémique électorale, puisque vos concurrents n’auront pas, dans un délai aussi court, la possibilité d’y répondre utilement avant la fin de la campagne électorale.

 

Enfin, « aucun résultat d’élection, partiel ou définitif, ne peut être communiqué au public par quelque moyen que ce soit, en métropole, avant la fermeture du dernier bureau de vote sur le territoire métropolitain » (L 52-2 du Code électoral).

 

Que faire alors, pendant ces dernières heures qui sembleront des jours ?

 

Préparez-vous pour le second tour : rédigez vos communiqués de presse, votre profession de foi, faites le point sur votre compte de campagne.

 

Organisez vos équipes sur le terrain : qui ira vérifier les listes d’émargement? Recoller des affiches?

 

Et puis… reposez-vous, l’entre-deux-tour promet d’être encore plus intense !

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Moraliser, est-ce démocratiser ?

Ces dernières années, citoyens, politiques (et communicants !) n’ont eu de cesse de réclamer la transparence, le renouveau et la moralisation de la classe politique, déplorant la crise démocratique latente et le manque de réaction des élus. On ne peut donc que se réjouir de la réforme lancée par le gouvernement Philippe quelques semaines après son installation. Mais va-t-elle assez loin et surtout, les mesures proposées sont-elles suffisamment réfléchies pour être exhaustives et pérennes ?

 

La politique, la morale, le droit

 

Pour André Malraux  « On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans ». L’actuel Garde des Sceaux compte, quant à lui, aussi sur  le droit : son projet de loi « pour la confiance dans notre vie démocratique » implique en effet trois modifications normatives dont une constitutionnelle :

 

Une révision de la Constitution tout d’abord, pour supprimer la Cour de Justice de la République, mettre un terme à la pratique conférant automatiquement un siège au Conseil constitutionnel pour les anciens Présidents de la République et pour interdire le cumul de 3 mandats successifs.

 

Une nouvelle loi organique ensuite, pour une réforme « profonde » du financement de la vie politique. C’est ce texte qui fixera les conditions de création d’une banque destinée à prêter de l’argent aux partis pour leurs campagnes électorales. Il vise également à faire certifier les comptes des partis politiques à partir d’un certain seuil de financement public (mesure qui était déjà en place pour certaines associations répondant à ce critère).

 

Une modification législative classique, enfin, pour interdire aux ministres comme aux parlementaires (députés et sénateurs) de recruter des membres de leur famille (« ascendants, descendants, conjoints » mais quid des frères et sœurs ou des ex-conjoints ?) ou encadrer les activités de conseil des parlementaires, qui ne pourront plus s’y adonner à partir d’un an avant l’obtention de leur mandat (quid, ici, de ceux qui sont déjà engagés à la fois dans cette activité et dans la vie politique ?).

 

Cette future loi mettra également un terme à la réserve parlementaire, remplacée par un fonds d’action pour les territoires et les projets d’intérêt général ; et à l’ indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) sous sa forme actuelle. Les députés et les sénateurs seront remboursés en frais réels, sur présentation de factures qui seront contrôlées par leurs assemblées respectives.

 

On voit déjà les limites de ces propositions : à peine établies, aussitôt contournées ? Et si légiférer n’était simplement pas la bonne solution pour s’assurer de la probité de nos élus ?

 

Et si la solution était ailleurs ? 

 

La meilleure solution est celle qui est adaptée au système électoral de chaque pays et à la capacité de ses élus à s’adapter d’eux-mêmes aux aspirations des citoyens qu’ils représentent.

 

En Grande-Bretagne, une autorité de régulation parlementaire indépendante, l’IPSA, a été créée dès 2009 pour gérer à la fois le traitement, les dépenses et les retraites des parlementaires. Chaque année, elle publie en même temps que ses comptes un rapport sur les bonnes pratiques que les parlementaires doivent adopter. En 2017, elle a décidé d’interdire le recrutement par les élus de membres de leurs familles mais aussi de relations d’affaires proches, pratique qui, encore aujourd’hui, reste dans ce pays encore plus répandue qu’en France.

 

En Suède, ce ne sont pas les parlementaires qui choisissent leurs collaborateurs, mais le parti. Fait peu connu, cette possibilité est offerte aux députés français qui peuvent faire le choix de recourir au pool de collaborateurs constitué par leur groupe politique.

 

Depuis la loi de transparence de 2013, l’Espagne oblige élus et hauts fonctionnaire à davantage de transparence sur leurs budgets. Les parlementaires choisissent leurs assistants eux-mêmes et publient au Journal Officiel leurs noms, le type et la durée de leur contrat ainsi que leur fiche de poste.

 

Au Maroc, la question a été posée au nouveau chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, dès son premier passage devant le Parlement fin mai. Sa réponse s’inscrit dans le cadre plus large de la moralisation de la vie publique et de la lutte contre la corruption.

 

Aux Etats-Unis, enfin, depuis le Watergate, chaque membre du gouvernement et chacun de leurs collaborateurs passent le test du vetting process, soit un questionnaire d’une soixantaine de pages examiné ensuite point par point. On est loin de la seule procédure de vérification fiscale opérée en France sur le patrimoine des ministres par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique !

 

 

En conclusion, si le message politique qui sous-tend les propositions du nouveau gouvernement répond parfaitement à une volonté citoyenne forte, c’est bien lors de son application que l’on prendra toute la mesure de leur pertinence.

 

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Et les clips de campagne de Plebiscit alors?

Dans un précédent article, nous analysions les clips de campagne officiels des candidats à l’élection présidentielle.

« La critique est aisée mais l’art est difficile » nous direz-vous…

C’est vrai, proposer un clip de campagne peut être périlleux s’il est mal conçu. Parce qu’à Plebiscit nous voulons le meilleur pour nos clients, nous allions nos compétences à celles des équipes de Peuplades et Peuplades TV.

Et voilà, par exemple, ce que ça donne :

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