Elections : et si les néophytes étaient désormais les favoris ?

Macron en France, Caputova en Slovaquie, Zelensky en Ukraine… Alors que la tendance au « dégagisme » se confirme, les primo-candidats semblent avoir le vent en poupe.

Une femme présidente en Slovaquie

Entrée en campagne il y a à peine un an, l’avocate et militante Zuzana Caputova devient la première présidente de la Slovaquie, remportant à près de 54% des voix la bataille contre Maroš Šefčovič, poids lourd du parti social-démocrate au pouvoir et actuel vice-président de la Commission européenne.

En Slovaquie, la présidence relève davantage de l’apparat, de la représentation. Toutefois, cette victoire est riche de symboles : première femme à accéder à ce poste, elle s’est fait connaitre par ses combats environnementaux, sa lutte contre la corruption et ses idées libérales tant en matière économique que sociale.

Reste maintenant au parti que Zuzana Caputova a fondé il y a quelques mois à se mettre en action et faire ses preuves. Et on le voit avec les multiples difficultés du néo-candidat, aujourd’hui Président, Emmanuel Macron : les choses peuvent rapidement devenir périlleuses !

La comparaison n’est pas innocente : les adhérents de ce parti se sont inspirés et se comparent à En Marche ! On leur souhaite de remporter le même succès aux élections législatives : sans soutien parlementaire, il leur sera difficile de lutter contre l’inertie d’un système que leur candidate a pointé pendant toute la campagne.

Un comédien à la tête de l’Ukrain post-Euromaïdan ?

En Ukraine, la réalité a rejoint la fiction : l’acteur et humoriste Volodymyr Zelensky, très connu dans les pays russophones, vient de remporter le premier tour de l’élection présidentielle devant l’actuel chef de l’État, Petro Porochenko ou encore Iulia Timochenko, étoile montante aujourd’hui controversée de la scène politique ukrainienne.

Zelensky qui est, depuis 2 saisons, l’acteur principal d’une série dans laquelle il figure un professeur … devenu président. Il crée, en parallèle, son parti il y a an et se déclare officiellement candidat fin décembre 2018.

Le second tour devrait avoir lieu le 21 avril prochain. S’il est élu, il sera lui aussi confronté à la mise en oeuvre de sa politique : son programme est flou, et ses meetings de campagne ressemblent davantage aux shows que l’on voyait en France sous la IIIe République qu’à un exposé de ses objectifs ou une présentation de l’équipe qui l’entourera.

Quelles leçons pour les futur(e)s candidat(e)s aux scrutins en France ?

Alors, si l’on en revient aux prochaines élections qui vont faire la France, à savoir les municipales de 2020, puis les départementales et régionales de 2021, les néo-candidats sont-ils les mieux placés pour remporter la victoire ?

Devraient-ils partir au tout dernier moment et mener une campagne éclair ? Au contraire, les candidats sortants devraient-ils déjà être sur le terrain pour rattraper un retard dont ils n’ont pas conscience ?

Nous pensons que plus que jamais, c’est la personnalité qui va faire la différence. Nous avons d’ailleurs élaboré et donné plusieurs fois une formation intitulée « Bilan, programme, personnalité« , afin de travailler sur ces 3 aspects-clés des prochaines campagnes.

Nous pensons également que les outils de terrain, couplés -et non substitués- à une campagne-relais sur le web doit commencer tôt pour porter ses fruits.

Et nous pensons enfin que les citoyens ne sont plus dupes des effets d’annonce : s’ils ont soif de « têtes nouvelles » et d’idées neuves, ils attendent des candidats crédibles et fiables avec autour d’eux une équipe identifiée, et un programme ambitieux et réaliste.

La politique des idéaux n’est peut-être pas morte, mais le pragmatisme a bel et bien pris le dessus !

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La communication en période pré-électorale : les règles du jeu

1 an, 6 mois, 3 mois ? A partir de quand entrons-nous dans la période pré-électorale des élections municipales et quelles sont les communications autorisées ou prohibées ? Nous vous donnons ici quelques éléments d’information. 

L’article L. 52-1 du Code électoral dispose qu’« à compter du premier jour du sixième mois précédant le mois au cours duquel il doit être procédé à des élections générales, aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin ». 

Pour faire simple : pour les candidat(e)s aux élections municipales, la date à retenir est celle du 1er septembre 2019. 

Car depuis 2016, c’est bien cette période de 6 mois qu’il faut prendre en compte et non plus une période d’un an. 

A partir de cette date, les collectivités concernées se verront donc plus restreintes dans leur communication et la prudence sera de mise pour les élus comme pour les agents. 

Attention : la notion de collectivité est ici comprise très largement. La ville, la communauté de commune ou d’agglo, une SEM, un délégataire de service public … tous sont concernés par cette interdiction. 

Concrètement, nous conseillons aux élus et agents de passer les actions de communication qu’ils envisagent pendant cette période au travers du prisme de 4 critères : 

  • L’antériorité : avez-vous déjà, par le passé, réalisé tel document ou telle action de communication ?
  • L’identité : l’avez-vous fait dans les mêmes termes ?
  • La régularité : l’avez-vous fait au même moment ou au même rythme ?
  • La neutralité : le ton employé, l’angle choisi, mettent-ils en valeur l’action de la collectivité plutôt que celle de l’élu(e)-candidat(e) ?

Vous répondez oui à chacune de ces questions : votre action sera conforme au Code électoral. Un doute subsiste ? Il vaut mieux vous abstenir et décaler la communication prévue après le scrutin. 

Pour rappel, enfreindre cette règle peut conduire à une sanction allant jusqu’à 75 000€ d’amende ! 

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Quel budget pour ma campagne ?

Commençons par un constat : un « gros » budget n’est pas synonyme de victoire ! En revanche, un budget planifié, organisé, confère un réel avantage au candidat/à la liste.

L’anticipation, maître-mot de toute campagne ! En déterminant vos besoins à l’avance, en sachant quand vous aurez à engager telle ou telle dépense et en anticipant les recettes, vous aller gagner en temps et en sérénité pendant la campagne. Comment procéder ?

  • Partez d’abord, si vous en bénéficiez, du plafond de remboursement des dépenses de campagne, calculé en fonction du nombre d’habitants.

Pour rappel, dans le cadre des élections municipales, en-dessous de 1 000 habitants, vous ne bénéficiez d’aucun remboursement.

A partir de 1 000 habitants, vous pouvez uniquement prétendre au remboursement des frais de propagande visés à l’article R.39 du Code électoral (affiches de campagne, circulaires et bulletins de vote).

Et à partir de 9 000 habitants, vous bénéficiez d’un remboursement forfaitaire de 47.5% du plafond des dépenses de campagne sous certaines conditions, et notamment celles de désigner un mandataire financier et de déposer votre compte de campagne.

  • Listez ensuite les grands postes de dépense : on estime par exemple que le poste « communication » représente de 60 à 70% du total des dépenses de campagne. Chez Plebiscit, nos prix sont packagés pour plus de transparence, mais nous détaillons nos devis après un entretien avec le ou les candidats, afin d’adapter nos packs à leurs besoins réels.

Vous devez également prévoir les frais de transport et de restauration de vos militants, l’achat ou la location de matériel, le loyer de votre permanence, etc. Vous pouvez alors détailler chaque poste et demander des devis pour vous faire un avis plus précis des prix pratiqués. Et comme la meilleure dépense est celle que l’on n’engage pas, reprenez l’ensemble de votre budget en vous demandant si telle ou telle autre dépense est bien utile ou si vous pouvez trouver une alternative.

  • Enfin, déterminez quelles recettes vous pouvez espérer ajouter à votre budget, principalement : un apport personnel, un prêt bancaire et des dons.

Dans les grandes lignes, les dons des personnes physiques sont autorisés dans la limite de 7 500€ par an ou 4 600€ par campagne. Si certains candidats sont gênés par l’exercice, la collecte de dons est, à notre sens, indispensable. Là encore, tout est une question de méthode : si vous préparez bien votre collecte, vous constaterez que ce n’est pas si difficile… et que cela fonctionne !

Et maintenant, à vous de jouer !

Besoin de conseils personnalisés ? Utilisez notre simulateur ou contactez-nous ! 

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Europe : à droite toute !

Pays-Bas, Hongrie, France, Autriche, Pologne, Allemagne ou Italie : l’extrême-droite s’impose peu à peu comme une force politique incontournable en Europe.

L’Autriche, bis repetita

Une tendance amorcée au début du siècle, avec notamment l’entrée de Jörg HAIDER, leader du parti d’extrême-droite FPÖ, dans la coalition gouvernementale autrichienne en 2000, déclenchant alors un tollé partout en Europe.

Presque 20 ans plus tard, le FPÖ revient au gouvernement et décroche des portefeuilles influents tels que l’Intérieur ou la Défense mais l’indignation n’est plus de mise. Donald TUSK, président polonais du Conseil européen, affirme par exemple croire au « rôle constructif et pro-européen » que jouera le nouveau gouvernement autrichien dans l’Union européenne (UE). On l’espère, d’autant plus que l’Autriche prendra la présidence de l’Union européenne le 1er juillet 2018 pour 6 mois !

Mais l’Autriche n’est pas la seule dans ce cas : une dizaine de coalitions comprenant des partis d’extrême-droite se sont formées ces dernières années dans l’UE, avec des succès variables.

Ailleurs, des succès variables …

Aux Pays-Bas par exemple, le PVV de Geert WILDERS a fait partie du gouvernement de Mark RUTTE pendant 2 ans, avant de connaître une véritable déroute électorale puis de revenir en force aux législatives de 2017.

En Allemagne, le NPD (parti nationaliste) menacé plusieurs fois de dissolution, a réussi à obtenir des sièges au Parlement européen en 2014 et l’AfD a réalisé un score historique aux législatives de septembre 2017, obtenant 90 sièges au Parlement.

En France, malgré une défaite cuisante au second tour de la présidentielle, le Front national a confirmé sa place dans le paysage et la vie politiques français. Le choc du 21 avril est bien loin, à tel point qu’aujourd’hui les observateurs sont surpris lorsque ce parti ne parvient pas à se hisser au second tour de scrutin.

…et quelques « poches de résistance »

En Irlande, l’extrême-droite est inexistante. En Espagne, au Portugal, les électeurs se tournent bien plus facilement vers l’extrême-gauche que vers l’extrême-droite. Au Luxembourg, en Slovénie, à Malte, elle peine à émerger.

Alors que faire ?

Bouc-émissaire des partis d’extrême-droite qui obtiennent souvent de bons scores aux élections européennes, l’UE reste un rempart à la montée des populismes du fait même des valeurs d’union et de paix qui la fondent.

La promouvoir, dénoncer les contre-vérités et les arguments simplistes des partis d’extrême-droite à son égard, démystifier le travail au sein des institutions européennes, … autant de pistes pour celles et ceux qui craignent déjà qu’une vague extrémiste n’emporte les prochaines élections européennes de 2019.

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Financement des partis européens : la réforme qui ne change rien !

 « Les partis politiques au niveau européen contribuent à la formation de la conscience politique européenne et à l’expression de la volonté politique des citoyens de l’Union » (art. 10, paragraphe 4, du traité sur l’Union européenne). Sauf que…

Sauf que dans la réalité du Parlement européen, les partis politiques (Parti populaire européen -PPE-, Parti socialiste européen -PSE-, Alliance des démocrates et libéraux -ADLE, pour ne citer que les plus importants) ne sont ni plus ni moins que des émanations des partis politiques nationaux, une agrégation de lignes politiques nationales, une sorte de mythologie uniquement compréhensible des #EUGeeks les plus chevronnés.

C’est particulièrement flagrant lors des réunions de groupe lorsque, sur des dossiers épineux (comprendre : qui pourraient aller à l’encontre d’intérêts économiques nationaux ou d’une législation nationale plus culturelle que rationnelle), le groupe décide sur tel ou tel point de laisser ses eurodéputés libres de leur vote. Difficile, dans ses conditions, de penser que les partis politiques européens remplissent réellement le rôle qui leur a été assigné par le traité.

Mais c’est décidé, les choses vont changer : Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne depuis 2014 (et donc en plein bilan de mi-mandat) l’a annoncé haut et fort dans son dernier discours sur l’état de l’Union.

Son équipe a préparé une série de modifications du règlement de 2014 relatif au statut et au financement des partis politiques européens, qu’il « conviendrait d’adopter et d’appliquer (…) avant les élections européennes de 2019 », dixit le communiqué de presse de la Commission.

Le but ? « Accroître la transparence pour que les citoyens votent en connaissance de cause, améliorer la légitimité démocratique pour que le financement reflète mieux l’électorat européen et renforcer l’application de la législation afin que les abus puissent être punis et les fonds récupérés ».

On dit bravo, en particulier sur la réforme du financement dont la proportionnalité aux résultats du scrutin sera renforcée. Enfin, sur le papier car si on regarde de plus près, cela ne changera rien pour les trois grands partis mais affaiblira davantage les petits (voir les simulations réalisées par la Commission, page 6 de la proposition de règlement). Surtout, avec un scrutin tous les 5 ans, dont la campagne passe quasi inaperçue et reste partout marquée par des débats majoritairement nationaux, on doute toutefois qu’elle permette véritablement « d’améliorer la légitimité démocratique » des parlementaires européens.

On apprécie, aussi, le sens du détail : les partis nationaux auront l’obligation de publier le programme et d’apposer le logo du parti européen auquel ils sont affiliés, ainsi que la «répartition hommes/femmes actuelle de leurs membres siégeant au Parlement européen».

Qu’on se le dise, la Commission ne reculera plus devant rien pour assurer la transparence et promouvoir la démocratie ! Attendons de voir si les partis, par le biais des parlementaires qu’ils ont envoyé siéger à Bruxelles et Strasbourg, abonderont dans son sens lors de l’examen au Parlement. Qui sait, étant eux aussi en pleine période de mi-mandat, certains eurodéputés pourraient même vouloir aller plus loin…

 

Lire la proposition de règlement

Voir la répartition des fonds alloués par le Parlement européen par parti et par an (données 2017)

 

 

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Cahier d’été, poncif ou coup de com’ ?

On se souvient qu’avant les fêtes de fin d’année 2016, entre les primaires de droite et de gauche et quelques semaines avant le début de la campagne présidentielle, le gouvernement avait mis en ligne un kit de communication intitulé à dessein #RepasDeFamille.

Visant à élever le débat (ou amorcer le pugilat, selon l’hétérogénéité partisane de la famille rassemblée autour de la traditionnelle bûche), ce « bingo » coloré et ludique recouvrait une toute autre réalité :  celle des éléments de langage tant décriés, diffusés en-dehors de la sphère politique.

Se saisissant d’un autre temps fort de l’année, La République en Marche réitère en pariant sur la bête noire des écoliers : le cahier de vacances.

Évitons le lien trop hâtif entre la sortie de ce cahier et les propos tenus dans le JDD par Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, interrogé quant aux débuts agités de la nouvelle Assemblée : « Certains [députés LREM] ont des difficultés, mais ils vont passer l’été à réviser ».

Dépassons le débat classique entre anti- et pro- cahiers de vacances : interviewée par le Figaro en 2015, Lilyana Moyana, présidente de la FCPE, estimait que si « le temps de repos [doit servir] à la découverte d’autre chose», « le cahier peut devenir le support d’un moment de partage».

Appliqué à l’année très politisée que nous venons de traverser, cet argument fait sens : les militants comme les citoyens sont en droit d’aspirer à autre chose qu’un été studieux. Mais force est de reconnaître que le cahier de LREM vise surtout au partage de ses lignes-forces et à la consolidation du mouvement. Comment ?

En en reprenant les codes (jaune et bleu, visuel Make our planet great again, ton décalé, insert « parles-tu Macron ? ») pour mieux les diffuser ; en sacrifiant au traditionnel « test » des magazines de plage pour aider les militants à trouver leur place au sein du mouvement ; en proposant des pistes de lecture (Kerouac, Gary, Aragon ou Giroud) ou d’engagement (Surfrider Foundation, Kawaa, KAPS).

Mais aussi en revenant sur les premiers temps forts du gouvernement (infographie sur l’environnement et l’accord de Paris, interview du ministre de l’Education nationale, pour rester dans le thème), sorte d’argumentaire en vue des 100 jours qui interviendront dans l’été, et en préparant -déjà – la rentrée, avec l’annonce des outils qui seront bientôt mis à leur disposition.

Reste que conçu initialement pour les adhérents, la notoriété de ce cahier a largement débordé du mouvement, en faisant un objet de curiosité et plus encore, de communication politique.

Pour tous ceux qui, fatigués par les multiples échéances électorales, échaudés par les débats houleux provoqués par le « bingo » de fin d’année, souhaitent réviser sans verser dans la politique partisane, nous conseillons plutôt « Devoirs de vacances – Politique » paru en juin aux Editions de l’Archipel.

 

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Les élections se gagnent-elles réellement en ligne ?

Si la campagne électorale américaine de 2008 marque à bien des égards un tournant politique radical, elle est aujourd’hui reconnue comme le point de départ du recours aux réseaux sociaux comme outils de campagne électorale. Depuis, Cameron, Rajoy, Macron, … tous ont intégré la nécessité de soigner leur présence en ligne et plus encore celle de recueillir, analyser, voire influencer les tendances qui émergent des réseaux sociaux. A un point tel que certains se demandent aujourd’hui s’il est encore bien utile de perdre son temps sur le terrain, IRL (in real life) ?

Campagne traditionnelle vs. campagne 2.0

L’objectif d’une campagne électorale est simple : faire connaitre le candidat et susciter l’adhésion à son programme. Coller des affiches, distribuer des tracts, faire du porte-à-porte, autant de méthodes ancrées dans les habitudes des directeurs de campagne comme des militants, et qui restent d’usage malgré le développement des réseaux sociaux.

Le constat est plutôt celui de la complémentarité. Par exemple, chez Plebiscit nous proposons systématiquement aux candidats que nous accompagnons une version numérique compatible à la mise en ligne sur les réseaux sociaux de leurs documents de propagande. Depuis cette année, tous  les candidats aux élections législatives disposent en outre de la possibilité de mettre en ligne leurs circulaires sur un site gouvernemental.

L’accès à l’information en est démultiplié et c’est précisément l’une des vertus des réseaux sociaux : atteindre des citoyens qui ne s’intéressent pas ou plus à la politique par les canaux traditionnels (presse, radio, etc).

Quels réseaux sociaux ?

Le « petit nouveau » des campagnes françaises de 2017 est YouTube (28.6 millions d’utilisateurs en France) avec la volonté affichée par les YouTubers politiques (en particulier l‘UPR, le FN ou FI) de s’affranchir des circuits médiatiques traditionnels qu’ils trouvent, au choix, partiaux ou inopérants. Quelques candidats aux élections législatives ont fait le choix d’Instagram pour vanter la beauté de leur circonscription, ou de LinkedIn, leur permettant de mettre en avant leur réseau.

En Grande-Bretagne, à l’occasion des élections du 8 juin dernier, un militant du Labour et une doctorante, aidés de développeurs, ont mis en place un chatbot sur Tinder, application de rencontre qui fonctionne sur la base de Facebook, pour convaincre des jeunes situés dans des circonscriptions où les sondages annonçaient des résultats serrés. Par exemple, si l’utilisateur répondait vouloir voter Labour, le robot envoyait un lien vers le bureau de vote le plus proche. Les utilisateurs qui avaient accepté de « prêter » leur profil pour l’expérience pouvaient à tout moment intervenir dans la conversation. L’initiative a été accueillie de manière très positive par les utilisateurs et a permis d’envoyer 30 000 messages à des jeunes situés dans les key constituencies.

Facebook reste toutefois le poids lourd des réseaux sociaux, non seulement parce qu’il est l’un des plus anciens et le plus utilisé (2 milliards d’utilisateurs mondiaux dont 33 millions en France), mais aussi parce que c’est celui qui permet d’avoir accès au plus de données personnelles. Enfin, il embarque un outil de sondage, permet la diffusion de vidéos en direct, de gérer l’organisation et la participation à des événements… sans compter la récente possibilité d’ajouter un « A voté » à son profil !

Aux comptes personnels des débuts, les hommes et femmes politiques préfèrent désormais la page, plus facile d’accès et qui présente l’avantage technique de pouvoir être liée à un site personnel via une API.

Quelle utilisation ?

Préalable nécessaire, la présence sur les réseaux sociaux ne suffit pas à elle seule à changer la donne.

D’abord, parce que les hommes et femmes politiques doivent se conformer à des codes qu’ils ont parfois des difficultés à saisir. Communiquer efficacement sur les réseaux sociaux requiert à la fois une spontanéité maîtrisée et un savoir-être numérique dont l’apprentissage peut s’avérer difficile ! Ensuite, parce qu’au-delà de la seule présence, ce sont bien l’influence et la connaissance de son électorat qui sont le nerf de la guerre électorale.

En d’autres termes, ouvrir un compte Twitter pour relayer de l’information factuelle ne sert à rien ; c’est utiliser Twitter pour attirer l’attention de la communauté qui fait toute la différence… ce qu’a peut-être trop bien compris Donald Trump, au risque de tomber dans l’excès inverse !

Le risque étant, pour les citoyens, de succomber aux fake news et autres alternative facts, et que la campagne ne se gagne plus sur des bases sincères. La stratégie d’influence peut aller plus loin : l’astroturfing, technique qui permet de forcer la viralité d’une information pour influencer l’opinion publique et les médias, a été utilisée dans le cadre de la dernière campagne américaine, mais l’est également sur une base plus régulière par des pays comme la Chine, qui emploie plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires (la water army) pour diffuser des messages pro-gouvernementaux sur les réseaux sociaux.

Concernant ensuite la connaissance de l’électorat, le développement des réseaux sociaux et des CRM de campagne électorale est clairement une manne pour les hommes et femmes politiques, si tant est qu’ils s’astreignent non seulement à les utiliser correctement mais aussi à respecter les cadres juridiques propres à chaque pays.

On se souvient par exemple des débats qui ont entouré la signature de l’accord euro-américain visant à instituer un privacy shield : les différences culturelles et juridiques en matière de protection des données entre ces deux pays est telle qu’elle peut conduire à des différends, comme cela a été récemment le cas pour le logiciel américain NationBuilder, sanctionné par la CNIL française pour une utilisation illégale des données personnelles des Français.

Quant à l’utilisation de CRM électoraux, elle s’est largement démocratisée et est de plus en plus plébiscitée par les candidats, directeurs de campagne, mandataires financiers et communicants. Toutefois, elle reste une nouveauté pour les militants les moins connectés. Parmi les clients de PREVIOO, le logiciel de campagne que Plebiscit a développé, certains font même le choix d’imprimer depuis l’outil leurs feuilles de route détaillées pour garder un support papier en porte-à-porte.

Reste que tous ceux qui ont décidé de s’y investir ont apprécié l’extrême simplicité de son utilisation et sa pertinence dans le cadre d’une campagne électorale. Pour ceux-là, le gain en termes d’efficacité du ciblage de la communication et de la diffusion des messages notamment est significatif. Tous apprécient de pouvoir regrouper en un seul endroit, au profit de l’ensemble de l’équipe, les données qui permettent de faire toute la différence dans une campagne au même titre qu’étoffer et qualifier leur socle électoral leur semble efficace pour mieux appréhender le citoyen et ses attentes.

 « Pas encore » ou « certainement pas » ?

A la question initiale « Les élections se gagnent-elles réellement en ligne ? », la réponse peut être l’une ou l’autre. « Pas encore » car pour l’heure, les campagnes menées en ligne ne sont qu’une transposition des méthodes classiques de campagne. « Certainement pas » car au final, l’utilisation des data et de CRM, ainsi que l’influence sur les réseaux, si elles constituent des outils à ne pas négliger, ne remplacent en rien le contact avec les citoyens ou l’appréhension concrète des problématiques locales.

La période actuelle semble ainsi relever davantage de la transition que de la révolution et là réside tout son intérêt : nous, concepteurs et développeurs de logiciels, qui sommes « de l’autre côté de la barrière », sentons bien que nous mettons en place les premières bases des campagnes de demain !

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Elections 2017, épilogue ou cliffhanger ?

Alors que s’ouvre officiellement la XVe législature, retour sur cette longue période électorale dont les multiples rebondissements ont rythmé la fin 2016 et le début 2017 et qui pose plus de questions qu’elle n’a apporté de réponses.

Le défi non relevé de l’abstention

Si l’élection présidentielle de 2017 a moins mobilisé que les précédentes avec une abstention qui dépasse les 25% au second tour, c’est surtout le vote blanc et nul qui attire l’attention. Au total, 34% des électeurs ont refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Pour les législatives, l’abstention est en revanche beaucoup plus nette et culmine au premier tour : de 40% en 2007, elle est passée à 51% en 2017, un record sous la Ve République.

S’il fallait encore se convaincre de la crise démocratique française, cette montée de l’abstention montre l’ampleur des efforts que les élus vont devoir fournir pour convaincre leurs concitoyens de retourner aux urnes. Quels citoyens ? Les jeunes (64% des moins de 35 ans se sont abstenus), les employés et les ouvriers (respectivement 66 et 61%) et en priorité ceux qui vivent en outre-mer, au nord et au sud-est de la France.

Des chiffres pourtant surprenants au regard des audiences élevées des émissions et débats politiques de cette année : 10 millions de téléspectateurs pour le débat entre 5 des 11 candidats à la présidentielle fin mars ; 6,3 millions pour le débat entre les 11 candidats à la présidentielle en avril ; un peu plus de 3 millions pour « L’Emission politique » d’Emmanuel Macron ou de François Fillon… C’est bien que la politique est un sujet qui continue d’intéresser. Comment, alors, faire en sorte que cet intérêt « théorique » se concrétise par une participation effective des citoyens à la vie publique ?

Du neuf avec du vieux ?

Ce n’est en tous cas pas dans les campagnes présidentielle et législatives de 2017 que l’on trouvera des idées réellement novatrices, tant sur la forme que sur le fond.

Peu de chances que se tiennent de nouveau des primaires avant l’élection présidentielle. Importées des Etats-Unis, elles sont mal adaptées aux systèmes européens (au-delà du seul cas français, celles organisées par exemple par le PSOE en Espagne n’ont pas non plus eu l’effet escompté) dans lesquels elles se transforment en « machines à perdre ».

Peu d’idées novatrices non plus pour les grands rendez-vous télévisés : une présentation classique et une trame verrouillée au cours des réunions préparatoires par les équipes des candidats ; un fond peu discuté en raison d’un contexte marqué par « les affaires » ; des clips de campagne et des affiches plutôt mornes…

Et l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon, l’utilisation massive de Telegram pour animer les meetings d’Emmanuel Macron, les vidéos YouTube du Front national, nous direz-vous ? Nous répondons respectivement : déjà utilisé en Inde, en Israël et en Turquie ; ni plus ni moins qu’un chauffeur de salle virtuel ; penser à enlever les étiquettes de sous les tasses neuves !

Pour les législatives, une question se pose avec acuité : à quoi sert-il encore de préparer sa campagne, de tenir des réunions publiques, de choisir avec soin ses affiches et de peser chaque mot de sa déclaration de candidature ?

En effet, que penser des candidats REM, souvent peu connus, désignés tardivement, peu à leur avantage sur des affiches et des professions de foi copiées-collées dans chaque circonscription… et pourtant grands gagnants de ces élections ? Que penser aussi de ces députés sortants qui avaient fait du bon travail au cours de leur mandat, mené une bonne campagne et qui n’ont malgré tout pas convaincu leurs électeurs ?
Que penser, enfin, des candidats désignés par le MoDem, qui s’ils ne remplissent pas toujours les critères d’En Marche, ont pourtant largement bénéficié de cette étiquette ?

Un renouvellement en trompe-l’œil …

L’on a beaucoup glosé sur le « dégagisme » qui aurait été l’élément moteur du vote REM mais aussi France insoumise et Front national, entraînant par là même l’échec des partis Socialiste et Républicain.

Le « dégagisme », néologisme issu des printemps arabes et repris en France notamment par J.-L. Mélenchon à propos de l’éviction aux primaires de leurs partis respectifs de Manuel Valls ou d’Alain Juppé, augurerait donc d’une révolution. Qu’en est-il réellement?

Si l’Assemblée nationale connait effectivement un renouvellement profond (430 députés élus pour la première fois, 39% de femmes, une moyenne d’âge qui a baissé de 10 ans), 62% des députés de la XVe législature ont ou ont eu un mandat électif. Les sessions strasbourgeoises mensuelles du Parlement européen ne suffisant pas à endiguer leur mal du pays, certains eurodéputés, comme J.-L. Mélenchon, Marine Le Pen, Louis Aliot, Marielle de Sarnez ou Constance Le Grip, ont choisi de siéger au sein du Parlement français.

Enfin, la volonté affichée tout au long des 2 campagnes par En Marche de dépasser les clivages politiques et de choisir des représentants sur la base de leurs compétences quelle que soit leur appartenance partisane, ne doit pas faire oublier que nombreux sont ceux, dans ses rangs, à avoir rejoint la chapelle REM en laissant derrière eux un parti au sein duquel ils ont appris les ficelles du « métier ». Et cet habitus reste prégnant. Prenons l’exemple des postes de chef de groupe parlementaire à l’Assemblée : aucune femme, un candidat unique et presque imposé chez LREM, des « reconduits » à LR et au PS.

… ou des bases nouvelles qui vont amplifier le renouvellement ?

Reste toutefois que l’Assemblée présente un visage radicalement différent de celle de la XIVe législature. Au-delà des personnes qui la composent, les groupes politiques sont plus nombreux et pour la plupart nouveaux : des Républicains « canal historique » font face à des Républicains (et UDI constructifs, des Communistes pas Insoumis, des non-inscrits de gauche (jusqu’à l’officialisation – ou l’échec- d’un 9e groupe) et d’extrême-droite, des apparentés REM du MoDem et d’ailleurs, etc.

En-dehors de l’Assemblée, le processus de reconstruction du paysage politique se met en place : constitution d’un groupe En Marche au Sénat, lancement du M1717 par Benoit Hamon, réunion annoncée du Parti radical et du Parti radical de gauche, dont le divorce avait été consommé en 1972, tenue d’un congrès extraordinaire du PCF en 2018.

Les questions qui restent ouvertes concernent finalement « celui par qui tout est arrivé » : En Marche ! Comment va se structurer le parti ? Comment ses députés vont-ils se comporter face à des votes qui s’annoncent difficiles ? Comment va-t-il faire perdurer l’enthousiasme et l’engagement des militants ?

Autant de réponses qu’il faudra trouver en gardant en tête l’importance de tenir les promesses faites pendant la campagne. Et s’il était là, le changement ?

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